Aujourd’hui c’est ma fête, aujourd’hui j’enterre mon frère. C’était important ces anniversaires pour Mario, non pas le sien, mais celui des gens qu’il aimait. Je me souviens, quand mon frère a quitté la maison, je devais avoir 12 ou 13 ans et j’avais beaucoup, beaucoup de peine. Quand je suis revenue de l’école le 1er mai de cette année-là, j’avais une surprise qui m’attendait sur mon bureau dans ma chambre. Mon frère était passé en douce à la maison et avait déposé une carte de souhait, un coussin fido dido et un chat en peluche. J’étais tellement heureuse qu’il ait pensé à ma fête.
J’ai plusieurs souvenirs qui me tournent dans la tête depuis le 21 avril. Je me rappelle mon grand frère. Celui qui faisait peur aux garçons que je lui présentais. Avant la présentation officielle, le garçon avait droit à toute une panoplie de recommandations pour tenter de faire partie des bonnes grâces de mon frère, rares sont ceux qui y sont parvenus! Celui qui m’a accompagné à Nicolet pour les foutus tests d’entrée. Ce jour-là, il m’a attendu à l’extérieur pendant des heures. Quand je suis sortie en pleurant parce que je n’avais pas réussis, il m’a pris dans ses bras et m’a ramené à la maison. Celui qui ne savait pas quoi me dire le soir où je suis aterri à son appartement en peine d’amour. On habitait sur la même rue à cette époque, quand il a ouvert la porte et qu’il m’a vu, il m’a dit: ” Ok, on appelle Annie, on va la retrouver” et c’est ce qu’on a fait…
Celui qui m’a montré comment jouer au Monopoly, et croyez-moi, sans jamais me laisser de chance, je n’ai jamais gagné une partie! Celui chez qui j’ai frotté les murs de son premier appartement, mon Dieu, je crois n’avoir jamais autant frotté! Celui qui m’a fait découvir la côte du loup. Celui qui pleurait mon échec en tir. Toute la famille et les amis m’attendaient à la maison ce soir-là afin de fêter ma graduation, mais je suis revenue bredouille. Mon frère est venu me trouver dans ma chambre et il a pleuré avec moi. Celui que j’adorais nommer à mes nouveaux profs pour les narguer un peu, oui oui je suis sa soeur.
Celui que j’ai accompagné lorsque son petit chat est mort. J’étais allé faire un tour chez lui et tout de suite il m’a mis le chat dans les bras et m’a dit d’embarquer dans l’auto. Une fois chez le vétérinaire, le petit chat nous a mordu tous les deux et on a dû se faire vacciner contre la rage.
Celui qui était si heureux de voir mes enfants, de jouer avec eux et de les agacer. Celui avec qui j’ai chanté des heures durant au karaoke, toujours la même chanson. Celui pour qui je me suis donc cassé la tête, parce que caline que je n’ai jamais su comment lui parler ni comment l’aider. Celui avec qui j’ai visité des appartements, parce qu’un couple, ça parait toujours mieux! Celui avec qui j’ai mangé cette si bonne poutine aux petites heures du matin, après notre soirée au karaoke bien sûr!
Celui qui m’a fait crier à en perdre la voix pendant cet interminable match de football. Je ne me souviens pas en quelle année c’était, mais je crois bien que c’était à St-Léonard. C’était un match important, probablement la finale de la saison. Il a commencé à neiger pendant la partie, on ne voyait plus les lignes sur le terrain. Tout ce qu’on entendait c’était: ” Un autre sac du corps par le numéro 69, Mario Duguay”. Son équipe a gagné ce soir-là, j’étais tellement fière de lui…
Celui qui m’a bercé lorsque notre grand-père nous a quitté, celui qui était si fière de ce que je suis devenue, celui à qui j’ai tenu la main lorsque plus rien n’était possible, celui qui va me manquer…
nounou xxx

